Conflits d’intérêts, Hirsch fait mouche

Salutaire | dimanche, 17 octobre 2010 | par Jacques-Marie Bourget

            

Martin Hirsch balance. Dans le viseur de l’ancien commissaire aux Solidarités, les conflits d’intérêts qui minent la République. Notamment égratignés, le chef des députés UMP, Jean-François Copé, et Gérard Longuet.

            

Pour les ploutocrates de Bakchich, qui se nourrissent du malheur des puissants, le dénommé Martin Hirsch est un ennemi intime. Imaginez que les folles résolutions de son livre, Pour en finir avec les conflits d’intérêts, prennent force de loi… Hop, faute de corrompus et de prévaricateurs, nous voilà réduits au chômage ! Ne nous resterait que l’exercice de l’humour, la politesse du désespoir. Heureusement, comme l’avènement de l’oeuf carré, le moment nous semble lointain où la France renoncera à ses principes de République bananière.

Anecdote, j’ai rencontré un chauffeur de taxi parisien encore épaté d’avoir transporté Hirsch. Pour la première fois de sa carrière il a convoyé un « homme de pouvoir » réglant lui-même sa course et ne prenant pas de justificatif pour une note de frais ! Ce Hirsch n’est pas normal. Son petit bouquin, manuel de l’élu ou fonctionnaire afin de rester honnête, devrait être le bréviaire des séminaristes de l’ENA.

Conflits d’intérêts

Si Hirsch l’est, honnête, c’est la faute à son père, un haut fonctionnaire qui a fondé la ville nouvelle de Cergy- Pontoise avant de diriger l’école nationale des Ponts et Chaussées. Cet attardé l’a élevé selon un principe désuet : ne pas profiter de sa charge pour s’enrichir. Martin, fils aimant, fait pareil. Au gouvernement, il rejette le titre de ministre et fait rogner son salaire de 4 000 euros. Un temps désigné par les victimes birmanes de Total pour veiller à une bonne utilisation d’un fonds d’indemnisation, il refuse 150 000 euros de pourboire glissés par le pétrolier. Alors que Kouchner prenait la thune sans frémir.

Pour en finir avec les conflits d’intérêts contient donc des principes, mais aussi des héros. Deux d’entre eux, Jean-François Copé et Gérard Longuet, prennent bien les feux de la rampe.

Hirsch s’interroge sur Copé – ce Sarkozy en pire – qui s’est fait adouber avocat avec la bénédiction de l’Assemblée nationale. Pour trôner dans un cabinet d’affaires où il gagne 20 000 euros par mois, pour « deux ou trois après-midi de présence par semaine ». À ce train-là, s’il travaillait plus, il gagnerait plus, à plein temps, ça nous mettrait le mois de Copé à 100 000 euros, prix d’ami. Hirsch pose la question : comment, sans se placer en situation de conflit d’intérêts permanent, Copé peut-il faire voter des lois ? Alors que son métier d’avocat d’affaires lui interdit, en tant que parlementaire, de s’occuper de fiscalité, de transmission de patrimoine, de taxation de capitaux ? En réalité, s’il voulait se tenir hors du conflit, Copé ne pourrait guère s’occuper que de réguler la production légale du caviar d’escargot. Une besogne à sa mesure. N’oublions pas que notre ami Jean-François s’est battu pour qu’on lève l’impôt sur les indemnités journalières perçues par les accidentés du travail. Un avatar qui ne le menace pas.

 - JPG - 34.2 ko

Beaux cadeaux

La lecture du bouquin d’Hirsch, c’est du religieux, de la pénitence, de la silice. Après nous avoir enseigné quelques turpitudes de Copé, voilà qu’il nous transmet celles de Gérard Longuet, chef UMP au Sénat. Imaginez la douleur, celle de la pince à linge sur le nez. Homme d’énergie, le sénateur Longuet, par le biais d’une société de conseil, a été rémunéré par GDF-Suez.

Et, depuis, Gérard est un homme qui gaze. Autre révélation, le cadeau fait par La Poste au même Longuet, en tant qu’ancien ministre des facteurs, un énorme album de timbres rares. Hirsch explique l’étonnement des amis du leader UMP en le découvrant, dans Paris-Match, propriétaire d’une maison dans le Midi. Demeure peu en accord avec la déclaration de patrimoine déposée officiellement par l’élu Longuet au lendemain de son élection. Et l’horrible Martin de nous expliquer que Longuet a payé la bâtisse avec ces raretés de philatélie. Sa maison a donc du cachet, celui qui fait foi.

Business is business

Hirsch nous détaille aussi le business du vaccin contre le virus grippal H1N1, celui qui devait nous faire tous mourir. L’histoire d’un expert de l’OMS, hurlant à la grippe et touchant par-derrière 9 millions d’euros d’un fabriquant de vaccins. La « pandémie » bidon ? Un marché de 17 milliards d’euros qui en a laissé de 7 à 10 dans les poches des labos. J’ai compris pourquoi Hirsch n’a pas nécessité d’être riche, honnête, il n’a pas besoin de s’acheter une conduite. - J.-M.B.

Clic : les avis divergent

L’actuel ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale avait-il été ulcéré d’être traité en quantité négligeable par ses camarades socialistes, avait-il cédé à un vieux tropisme droitier longtemps dissimulé, avait-il été d’abord guidé par l’ambition ? La question n’était pas là. Le fait est qu’il avait quitté son camp, en pleine bataille, en rase campagne, avec fracas, armes et bagages, pour rallier le camp adverse et y tirer aussitôt à boulets rouges sur ses amis de la veille. Si vous disiez « un traître », l’écho, depuis 2007, vous répondait « Besson ».

La démarche de l’honorable M. Hirsch est plus élaborée. Directeur de cabinet de Bernard Kouchner, lui-même ministre de Lionel Jospin, Martin Hirsch avait su faire oublier ce péché de jeunesse en se reconvertissant dans la solidarité. C’est en tant que président de la Communauté d’Emmaüs, drapé dans la grande cape noire de l’abbé Pierre, qu’il n’avait pas cru devoir refuser de rejoindre l’équipe de Nicolas Sarkozy. Oh, pas comme ministre ! Comme haut commissaire. Pas comme renégat. Comme caution de gauche. Pas pour s’y salir les mains en faisant de la politique. Mais pour y répandre le bien. Trois ans durant, gros et gras, le teint frais et la bouche vermeille, M. Hirsch a participé au gouvernement de la droite, sans y trouver rien à redire, ni à dire. Au moment où les sondages se font désastreux, M. Hirsch se refait une virginité en poignardant dans le dos, par un tardif scrupule de conscience, ses anciens collègues. Chacun son style, en somme. La gauche ne pardonnera jamais à Éric Besson. Martin Hirsch sait ne pas insulter l’avenir. À chacun d’en juger et de dire qui incarne désormais le mieux la figure du traître, de Ganelon ou de Tartuffe. - Dominique Jamet

-----

RSA et RAS sont sur un bateau, Hirsch tombe de haut

Plus belle prise de l’ouverture sarkozienne, Martin Hirsch, l’ancien patron d’Emmaüs, se prend les pieds dans le tapis du Revenu de solidarité active. Et pas grand monde n’a envie de le relever. Que c’est beau un gouvernement (…)

                Pour en finir avec les conflits d’intérêts, par Martin Hirsch, éd. Stock, 162 pages, 12 euros